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Mobile Culture Studies. The Journal 3 2017
Emanuelle Lenel | Quartier ouvert, quartier fermé 155
quartier Heyvaert (la présence des travailleurs africains, la saleté, le délabrement) que ceux qui
les connectent Ă la ville, en particulier la vue sur le canal et sur les quartiers centraux au loin, de
l’autre côté de la Porte de Ninove.
C’est ensuite la matérialité des Terrasses de l’Ecluse qui induit ces impressions d’ouverture
vers un ailleurs. D’une part, le bâtiment établit une barrière perceptive, sonore et visuelle, avec
l’animation du quartier – comme le notait également Laïla. Depuis les terrasses de leurs appar-
tements, ils peuvent voir le canal, la ville ou l’intĂ©rieur d’îlot très fermĂ©Â
; certains y remarquent
le bruit et l’agitation caractéristique du quartier Heyvaert (un bruit de moteur ou un klaxon
par exemple) comme une atmosphère lointaine. Elle paraît être seulement un arrière-fond, qui
ne les englobe pas, mais leur laisse une « disponibilité perceptive » pour remarquer d’autres
choses : le calme de l’îlot intérieur, un vol de canards, une péniche sur l’eau… D’autre part, le
canal lui-mĂŞme leur offre une opportunitĂ© d’évasionÂ
: il constitue pour ces individus disposant
de ressources culturelles liées au registre de la Nature et de la mobilité un « pont » au sens de
Simmel (1988 [1907]), reliant leur logement à la vaste Nature. C’est notamment ce qu’indiquent
leurs temps d’arrêts prolongés devant l’eau et leurs regards se perdant à l’horizon, ainsi que les
commentaires sur les vertus respiratoires du bord de l’eauÂ
:
«Â
Je trouve que c’est unique un peu cette idée d’ouverture. […] On n’a pas d’espace de repos
dans le quartier, alors ici c’est le seul endroit où tu peux respirer un peu » (Quinten, H07,
30 ans).
« Ça donne de la nature. Ça, j’apprécie beaucoup. C’est quand même une énorme joie
d’avoir la vue sur le canal ; on entend les oiseaux, il y a les bateaux qui passent, le bruit de
l’eau. L’ambiance du canal, j’aime bien. C’est une ouverture quand mĂŞmeÂ
» (Miek, H08, 37
ans).
Enfin, le réaménagement des rives du canal est à la base de sensations de continuité chez ces indi-
vidus. Il leur permet non seulement de relier physiquement leur espace résidentiel aux quartiers
apprĂ©ciĂ©s du centre-ville, par la piste cyclable en particulier, mais aussi d’établir unÂ
«Â
pontÂ
»Â
qui
«Â
surmonte l’écartement de ses aplombs en même temps qu’il les rend perceptibles et mesurab-
les » (Simmel, 1988 [1907], 162). Ce réaménagement offre des sentiments agréables de beauté,
de propreté, de confort et de proximité avec les quartiers plus centraux qui semblent faire de ce
trajet un moment plein et qui relie au niveau vécu leur logement à ces quartiers.
Transformations et atmosphères du Vieux Molenbeek
Le second cas d’étude concerne le quartier du Vieux Molenbeek situé sur la rive gauche du
canal, qui correspond au cœur historique de la commune de Molenbeek-Saint-Jean. Cet ancien
village flamand développé au 14e siècle est toujours composé d’un tissu urbain serré et organi-
que. Le quartier est structuré autour de deux grandes places (la place Saint-Jean-Baptise et la
place communale) d’où rayonnent des petites ruelles et quelques plus grands axes. Ce quartier
est bien inséré dans la trame urbaine : on y trouve notamment deux stations de métros, tan-
dis que ses seules limites marquées sont le canal au sud, qui le sépare directement du quartier
Dansaert dans le centre historique, et un boulevard de la «Â
petite ceintureÂ
» de Bruxelles à l’est.
Dans la période d’après Deuxième Guerre Mondiale, ce quartier était un petit centre urbain
Mobile Culture Studies
The Journal, Volume 3/2017
- Title
- Mobile Culture Studies
- Subtitle
- The Journal
- Volume
- 3/2017
- Editor
- Karl Franzens University Graz
- Location
- Graz
- Date
- 2017
- Language
- German, English
- License
- CC BY 4.0
- Size
- 21.0 x 29.7 cm
- Pages
- 198
- Categories
- Zeitschriften Mobile Culture Studies The Journal