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162 Mobile Culture Studies. The Journal 3
2017Emanuelle
Lenel | Quartier ouvert, quartier fermé
images amusantes comme celle de « mamys voilées qui font de la muscu’ » sur les éléments de
fitness du parc Bonnevie, la mosquée… Cette ambiance forte mais qui ne les capture pas vrai-
ment leur permet de traverser le quartier sans se sentir pris dans son épaisseur, sa densité et ses
épreuves (bruit, saleté). Et cette ambiance de décor amusant, surprenant, parfois désagréable,
mais ouvert sur le monde extérieur contraste avec l’ambiance protectrice et enveloppante de
l’espace résidentiel, en particulier à la place Voltaire.
La mobilité éprouvée comme ressource de co-existence
Dans ces deux quartiers, la mobilité éprouvée par les anciens et les nouveaux propriétaires a des
effets variables sur les modes d’attention et les affects aux autres, à celui qui dérange en particu-
lier. Plus encore, elle est une ressource utilisée dans la gestion ordinaire de la co-existence. On
a vu que le quartier Heyvaert constitue un milieu de vie d’une extrême densité pour les anciens
propriétaires, dans lequel ils sont résidentiellement coincés mais aussi, à un niveau vécu, empê-
trés, et avec lequel ils se débattent – au prix parfois de leurs ressorts les plus personnels d’action
comme le repos et la santé : l’anticipation des évènements désagréables (mauvaise rencontre,
obstacle sur le chemin, saleté, bruit) y est permanente et écrase tout autre forme d’expérience
possible. Ils sont véritablement envahis par leur environnement résidentiel. Pour mettre à l’écart
ces nuisances ressenties ils se replient, voire se retranchent dans l’espace privé et rejettent les
acteurs du commerce des voitures (les travailleurs informels en particulier) qu’ils tiennent pour
responsables de leur malaise. Tandis que les nouveaux propriétaires disposent de ressources
matérielles (emplacement et qualités physiques de leur logement, rive rénové du canal), sociales
(dispositions à la mobilité) et symboliques (capacités ancrées d’évasion) pour élaborer ce que
l’on peut appeler un «Â
tampon perceptifÂ
» qui atténue les rapports à ce qui dérange (Lenel, 2015).
Le Vieux Molenbeek est un milieu de vie caractérisé également pas sa densité, tant pour
les anciens que pour les nouveaux propriétaires, mais aussi par la coprésence de traces fortes du
passé et de prémisses sensibles d’un avenir différent. Cependant, ce milieu offre aux anciens et
aux nouveaux propriétaires des prises très variables pour échapper au présent : un quotidien
qui peut être dur dans ce quartier bondé de personnes et de choses. Pour les premiers, la limite
perçue entre espaces nouveaux en progrès et espaces anciens en dĂ©clin est nette et elle les «Â
tientÂ
»
enserré dans les espaces en déclin où ils vivent une bonne partie de leurs temps et où l’autre
est ressenti comme trop proche de soi. La perception du quartier par les seconds est davantage
articulée autour de son devenir, qui correspond bien à leurs pratiques urbaines géographique-
ment éclatées. Les caractéristiques matérielles et symboliques d’ouverture des nouveaux espaces
publics qu’ils fréquentent mais aussi celles de protection de leurs espaces résidentiels leur per-
mettent globalement de ne vivre « que » dans ce quartier en devenir. Leurs espaces résidentiels
offrent aussi une bonne correspondance avec leurs pratiques d’ouverture des frontières privé/
public, à travers l’investissement de l’espace du voisinage (Bidou, 1984), et de mobilité métropoli-
taine. Cela autorise une insertion locale «Â
en bulleÂ
» (Butler, 2003) où l’altérité est un constituant
valorisĂ©, mais relativement «Â
fonduÂ
» dans le quartier-décor qu’ils traversent quotidiennement.
Ainsi, les nouveaux propriétaires rencontrés dans ces quartiers ont des capacités d’aise
(Thévenot, 1994) plus importantes pour s’y mouvoir. Ces capacités sont distribuées, d’une part,
sur les spatialités ouvertes des nouveaux espaces publics, mais aussi sur certaines clôtures avec
les espaces anciens du quartier, et d’autre part, sur les conventions de mobilité « douce » et
Mobile Culture Studies
The Journal, Volume 3/2017
- Title
- Mobile Culture Studies
- Subtitle
- The Journal
- Volume
- 3/2017
- Editor
- Karl Franzens University Graz
- Location
- Graz
- Date
- 2017
- Language
- German, English
- License
- CC BY 4.0
- Size
- 21.0 x 29.7 cm
- Pages
- 198
- Categories
- Zeitschriften Mobile Culture Studies The Journal