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Mobile Culture Studies. The Journal 3 2017
Emanuelle Lenel | Quartier ouvert, quartier fermé 163
métropolitaine inscrites dans leur matérialité et qui répondent à des structures de perceptions
collectives qu’ils partagent. Ils ont dès lors une familiarité avec ces espaces, qui leur permet de se
saisir de leurs opportunités matérielles et symboliques de mobilité pour s’extraire de la pesanteur
du quartier lorsqu’elle se fait sentir. Tandis que les anciens propriétaires circulant et séjournant
d’avantage dans les espaces anciens sont souvent « pris » dans leurs ambiances oppressantes.
Mais ces différences ne relèvent pas que du vécu ; elles concernent aussi la manière d’être con-
fronté à l’autre dans la proximité et de gérer pratiquement la « bonne distance », celle qui
n’affecte ni trop ni trop peu. La mobilité collectivement éprouvée par les nouveaux propriétaires
leur octroie du «Â
jeuÂ
» pour ne pas se laisser enfermer dans des limites spatiales trop marquées ni
se laisser absorber dans un espace-temps de coprésence contraignant. Elle favorise la projection
de soi dans d’autres espaces urbains ou non urbains, répondant mieux à leur mode de vie. Elle
permet aussi à nombre d’entre eux d’actualiser des dispositions intellectualistes à la tolérance
(Simmel, 2004 [1993]). Tandis que les anciens propriétaires trouvent dans leur environnement
bien moins d’opportunités de mise à distance de celui qui dérange, et vivent des rapports plus
affectionnés (négativement) à lui.
Conclusion
Les constats qui viennent d’être présentés suggèrent que les rapports sociaux à la mobilité octroi-
ent des marges de manœuvre différentes aux anciens et aux nouveaux propriétaires des quartiers
bruxellois du canal ciblĂ©s par la politique de revitalisation urbaine pour y gĂ©rer les rapports Ă
l’autre dans la proximité. Mais ces dispositions sociales à la mobilité, favorables aux nouveaux
propriétaires, sont actualisées dans des conditions sensibles en partie produites par cette poli-
tique. La vision normative de la ville qu’elle promeut, faisant la part belle à une mobilité déter-
ritorialisée, et les types d’espaces auxquels elle donne lieu contribuent à façonner, pour eux,
une ambiance d’ouverture dans laquelle s’ancre des capacitĂ©s pragmatiques d’échappement Ă
l’espace-temps du quartier et à ce qui les dérange dans le quartier. Tandis que pour les anciens
propriétaires le référentiel spatial semble ne pas avoir bougé et constitue un élément de l’ambiance
de fermeture du quartier qui dispose plutĂ´t Ă la fermeture Ă celui qui gĂŞne.
Cela montre que l’ambiance du quartier est bien une « trame de fond organisant des
manières d’être, de percevoir et d’agir » (Thibaud/Thomas, 2004) qui émergent dans la ren-
contre entre un cadre et des dispositions. Saisir la mobilité vécue à travers l’ambiance permet
ainsi de montrer des effets de la politique de revitalisation urbaine sur les rapports au quartier
difficilement appréhendables par les approches « classiques » de la requalification urbaine qui
prennent surtout en compte les dimensions collectives du cadre. Mais les résultats de cette
enquête suggèrent aussi que l’analyse des relations entre ambiance et expérience de la mobilité
dans les quartiers concernés gagne à élargir la perspective phénoméno-pragmatique de la théorie
des ambiances pour prendre en compte le «Â
jeu des Ă©chellesÂ
» (Lepetit, 1996). Il nous semble que
l’étude des conditions concrètes et sensibles (cadre local) dans lesquelles émergent les éprouvés
de mobilitĂ© et les manières de gĂ©rer la «Â
bonne distanceÂ
» à l’autre peut être enrichie par la prise
en compte des dispositions à la mobilité (cadre social global). La notion pragmatiste de contexte
d’action élargie au vécu épais de l’espace urbain, prenant en considération l’équipement des
individus en « capacités perceptuelles spécifiques » (Stavo-Debauge, 2003), peut notamment
aider à appréhender la retraduction des rapports sociaux à la mobilité dans les ambiances émer-
Mobile Culture Studies
The Journal, Volume 3/2017
- Title
- Mobile Culture Studies
- Subtitle
- The Journal
- Volume
- 3/2017
- Editor
- Karl Franzens University Graz
- Location
- Graz
- Date
- 2017
- Language
- German, English
- License
- CC BY 4.0
- Size
- 21.0 x 29.7 cm
- Pages
- 198
- Categories
- Zeitschriften Mobile Culture Studies The Journal