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156 Mobile Culture Studies. The Journal 3
2017Emanuelle
Lenel | Quartier ouvert, quartier fermé
à l’activité commerciale intense et réputée. Il a ensuite connu le sort de déclin des quartiers
industriels du territoire du canal. Mais ici, la détérioration du tissu bâti est aussi imputable aux
politiques de démolition massive des années 1960 et 1970, ainsi qu’à la percée du métro depuis la
surface, en plein cœur du quartier. La démolition de nombreux immeubles d’habitation a sou-
tenu l’exode des résidents les plus favorisés vers la périphérie ; tandis que sont restés seulement
les plus démunis, installés dans les anciennes maisons de brique typiquement bruxelloises et les
quelques tours de logements sociaux du quartier.
Le quartier concentre aujourd’hui une population multiculturelle très paupérisée : le taux
de chĂ´mage s’élève Ă 42%Â
et la densité démographique y est quatre fois supérieure à la moyenne
bruxelloise, ce qui s’explique principalement par un solde migratoire international nettement
positif lié à une longue histoire de terre d’accueil, depuis l’arrivée des francophones au début du
20e siècle jusqu’à celle de populations de l’Europe de l’Est ces dernières années, en passant par
les vagues d’immigration ouvrières venues d’Italie, d’Espagne, de Grèce, du Maroc, de Tur-
quie et d’Afrique Subsaharienne. Dans ce quartier au plus de cent nationalités, la composante
maghrébine est largement dominante. Elle totalise 12,8% des habitants selon les chiffres officiels
(qui invisibilisent toutefois l’essentiel des deuxième et troisième générations de résidents issus du
Maghreb mais de nationalitĂ©s belge)4. Cette population Ă laquelle sont accolĂ©es des imagesÂ
cul-
turelles globalisantes est perçue comme refermée sur elle-même. En fait le quartier tout entier
souffre des stigmates d’un supposĂ© «Â
repli communautaristeÂ
», en particulier depuis le traitement
médiatique des attentats terroristes de Paris en novembre 2015. De nombreux clichés ont circulé
à propos de ce quartier dont une partie du commando était issue : « ghetto », « base arrière du
djihadisme international », population « islamiste » supposée échapper à l’ordre public et au
contrôle policier… Si certaines formes de repli identitaire religieux sont indéniables et même
de plus en plus visibles (les jeunes femmes sont par exemple plus nombreuses qu’auparavant Ă
porter le voile), le Vieux Molenbeek est un quartier populaire pas plus dangereux qu’un autre
(Laumonier, 2015) et dans lequel s’aventurent même certains touristes, promeneurs d’un jour et
nouveaux résidents.
Un quartier à « urbaniser »
Ce que l’on dit moins, c’est que les autorités molenbeekoises développent dans ce quartier un
projet volontariste pour lui rendre sa « convivialité » et retisser tant le tissu urbain défait que
le tissu social supposé délité. Après 20 ans de rénovations, le quartier est aujourd’hui dans une
phase de transition où voisinent des traces fortes du passé et les prémisses visibles du chan-
gement planifié dans une ambivalence prégnante au niveau des ambiances. Citydev a aussi
fortement contribué à ces transformations en reconstruisant la cicatrice du métro comme une
sorte de «Â
couloir rĂ©sidentielÂ
» dans lequel 220 ménages des classes moyennes et supérieures sont
installĂ©s. Ces logements sont toutefois concentrĂ©s dans deux espacesÂ
: la place Voltaire et la rue
Sainte-Marie (cf. carte 2).
Les premiers habitants de la place Voltaire, notamment des « pionniers » (Bidou, 1984) qui
tentent l’aventure des quartiers populaires délaissés par les pouvoirs publics, s’y installent dès
4 Ces chiffres proviennent du Monitoring des quartiers et concernent le quartier administratif Molenbeek histo-
rique.
Mobile Culture Studies
The Journal, Band 3/2017
- Titel
- Mobile Culture Studies
- Untertitel
- The Journal
- Band
- 3/2017
- Herausgeber
- Karl Franzens University Graz
- Ort
- Graz
- Datum
- 2017
- Sprache
- deutsch, englisch
- Lizenz
- CC BY 4.0
- Abmessungen
- 21.0 x 29.7 cm
- Seiten
- 198
- Kategorien
- Zeitschriften Mobile Culture Studies The Journal