Seite - 158 - in Mobile Culture Studies - The Journal, Band 3/2017
Bild der Seite - 158 -
Text der Seite - 158 -
158 Mobile Culture Studies. The Journal 3
2017Emanuelle
Lenel | Quartier ouvert, quartier fermé
des modes « doux » et atténuer la « césure très importante entre deux territoires », le quartier et
le centre-ville, en favorisant les traversées vers le centre-ville via une future passerelle. Les amé-
nagements réalisés sur cet axe visaient enfin à marquer davantage cette rue comme espace de
civilité, hospitalier pour les non-résidents : un des objectifs du bureau d’urbanisme en charge
du projet était de donner une meilleure lisibilité à  cet espace par une « hiérarchisation de l’es-
pace public plus nette, entre sphère privée et espace public ». Ainsi, des signes de circulation ont
été inscrits dans la matérialité de la rue (peinture de traces de pas, plans du quartier, station de
vĂ©los partagĂ©s Villo…), l’espace central a Ă©tĂ© largement dĂ©gagĂ© et un mobilier urbain deÂ
sĂ©jour Ă
l’esthétique contemporaine a été placé en bordure du piétonnier.
Ces constructions et ces rénovations ont fortement redessiné la spatialité du Vieux Molen-
beek, par un effet de sĂ©paration entre, d’un cĂ´tĂ©, des nouveaux espaces unifiĂ©s et reliĂ©s Ă
l’extérieur, et de l’autre, des espaces intérieurs anciens, dégradés et fragmentés. Surtout, ces
opérations ont contribué à mettre en valeur un quartier plus urbain, davantage tourné vers la
ville globale. Ce projet constitue d’ailleurs le point de convergence d’ambitions pour le quartier
situées à différents niveaux de pouvoir. Au niveau régional, le quartier est ciblé pour devenir
un des lieus emblématiques et attractifs d’un centre-ville élargi au-delà de sa limite historique
constituée par le canal. Son inclusion dans une « zone levier » traduit également une ambition
d’attractivité internationale, perceptible par exemple dans l’installation récente de la chaîne
hôtelière allemande Meininger dans le quartier. Ces ambitions ont aussi convergé dans le réa-
ménagement de la place communale, lieu historique du grand marché hebdomadaire rayon-
nant auprès des populations issues de l’immigration bien au-delà du quartier. Cette opération
a été portée, au niveau communal, par une volonté claire de rupture avec le passé : elle devait
contribuer à redéfinir la centralité du quartier autour d’une place « pour tous les molenbeekois »,
selon le chef de projet du CdQ, offrant non seulement un espace de rencontre «Â
dĂ©sencombrĂ©Â
»,
mais aussi de nouveaux commerces, des opportunités festives et une esthétique dans laquelle les
nouveaux venus pourraient se retrouver. Cette seconde ambition rencontrait ainsi particulière-
ment bien le projet régional et fédéral de développement du canal, ce qui a permis d’étendre
le périmètre de l’opération jusqu’à la « bouche » de métro de la rue Sainte-Marie située à une
dizaine de mètres, pour « venir chercher les gens » et « faire le trait d’union » avec le centre-ville,
comme l’indiquait l’architecte du projet. Selon ce qui est saisi de ces promesses d’avenir, des
réminiscences du passé ou des hésitations du présent, le quartier des anciens propriétaires et
celui des nouveaux propriétaires du Vieux Molenbeek s’inscrivent dans des « trames de fond »
(Thibaud et Thomas, 2004) non contemporaines l’une à l’autre.
Un village perdu
Quand les anciens propriétaires issus de l’immigration marocaine des années 1960-1970 et
installés parfois depuis plusieurs décennies parlent de « leur » quartier, ils évoquent l’histoire
du quartier d’antan qui valorise leur propre réussite sociale. Ces personnes qui ont pu accéder
à la propriété dans le quartier constituent une fraction des classes moyennes dont la réussite du
projet migratoire contraste avec le déclin social qui a touché une autre partie de la population du
quartier issue d’une vague plus récente de l’immigration marocaine. Ces anciens propriétaires
décrivent ainsi autant le quartier du temps présent que celui qui se perd : un « beau village »
agrĂ©able aux petites rues tranquilles oĂąÂ
Belges et Marocains cohabitaient harmonieusement,Â
et
Mobile Culture Studies
The Journal, Band 3/2017
- Titel
- Mobile Culture Studies
- Untertitel
- The Journal
- Band
- 3/2017
- Herausgeber
- Karl Franzens University Graz
- Ort
- Graz
- Datum
- 2017
- Sprache
- deutsch, englisch
- Lizenz
- CC BY 4.0
- Abmessungen
- 21.0 x 29.7 cm
- Seiten
- 198
- Kategorien
- Zeitschriften Mobile Culture Studies The Journal