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Mobile Culture Studies The Journal
Mobile Culture Studies - The Journal, Band 3/2017
Seite - 159 -
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Mobile Culture Studies. The Journal 3 2017 Emanuelle Lenel | Quartier ouvert, quartier fermé 159 dans lequel ils se sont fortement ancrés. Mais comme pour ne pas être assimilés à son déclin, il différencie nettement ce village d’antan du quartier actuel où s’installent ces nouvelles générati- ons d’immigrés bien plus précaires  : un quartier  sale, bruyant, encombré, dégradé, conflictuel, «  dure à vivre  ». Ainsi, le quartier vécu des anciens propriétaires rencontrés est caractérisé prin- cipalement par une ambiance de déclin. Fadila (H30), 58 ans, parcoure et commente le quartier en bonne partie au travers de ses souvenirs, les bons souvenirs comme ceux de ce qui s’est perdu. En eux-mêmes, le choix et le rythme de son parcours témoignent d’un rapport serré au quartier, vécu densément, marqué par une attention à une foule de détails. Comme si le quartier était tout entier organisé autour d’une seule grande place, le Parvis Saint-Jean-Baptiste, le parcours est assez court, enserré dans la structure villageoise du quartier et n’intègre pas le canal (cf. image 2). Il est aussi marqué par des arrêts très fréquents pour raconter des situations vécues et des anecdotes de la vie locale. Le premier arrêt intervient une dizaine de mètres seulement après avoir franchi le seuil de sa mai- son, dans sa rue, où elle commente une vue quotidienne entachée par la construction récente d’un immeuble «  moche  » de logements sociaux, qui contraste avec l’architecture ancienne «  tel- lement belle  » de la rue. En se dirigeant ensuite vers le Parvis, elle commente certains désagré- ments qu’elle rencontre dans ses déplacements quotidiens : un ancien dépôt clandestin, un café fréquenté uniquement par des hommes maghrébins source pour elle d’énervement et même de disputes, une maison brûlée qui n’a jamais été rénovée… Puis elle s’arrête sur le parvis qui con- stitue pour elle le «  cœur  » du quartier, où «  il y a toujours quelque chose qui se passe  » mais où on ne voit malheureusement plus de Belges. Pour atteindre la destination finale de sa visite, l’entrée de la rue Sainte-Marie, Fadila traverse ensuite le trafic automobile et le flot de piétons autour de la place. Elle emprunte la rue Comte de Flandre qui n’est «  plus comme avant  »  : elle note un à un les commerces qui sont restés et ceux qui sont parti (la poste, les «  petites boutiques  »…), et le monopole des commerçants Maghrébins qui multiplient épiceries et boucheries : «  [en riant] La fleuriste c’est encore la seule Belge qui reste  ». En arrivant rue Sainte-Marie, elle s’arrête comme devant un point de vue pour contempler le paysage qui s’étale jusqu’au canal et qui constitue pour elle une «  lisière  » (Remy, 2015) du quartier  – mais sans franchir sa limite  : [En montrant un nouveau bâtiment] «  Là, c’est pas mal, […] plus discret, moins haut et puis ce n’est pas dans une rue très restreinte […]. Vous avez vu comme il est beau le quartier par là  ? C’est superbe  ! Et les petites rues par là... C’est très agréable, très calme, très propre... Franchement, je me dis pourquoi ce n’est pas notre rue aussi qui est comme ça  ?  » Comme l’indique ce commentaire, les anciens propriétaires rencontrés perçoivent généralement une limite forte à cet endroit, une véritable cassure entre les espaces anciens dégradés et les espaces rénovés. Cette fracture matérielle et sociale marque aussi une atmosphère étriquée dans les ruelles du quartier. Dans les premiers espaces que les anciens propriétaires arpentent au quotidien, où «  le soleil  n’entre pratiquement jamais  » (Malika, 42 ans), circuler est relativement éprouvant, même s’ils y ont beaucoup de repères  : il faut contourner des obstacles (déchets, rassemblements d’hommes), être vigilant à la circulation routière intense, gérer des tensions psychiques liées au bruit, aux interactions, au paysage dégradé… Les seconds espaces, bien plus larges et dégagés, sont beaucoup plus agréables à regarder et à parcourir, mais ils ne font, pour eux, pas totalement partie du quartier.
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Mobile Culture Studies The Journal, Band 3/2017
Titel
Mobile Culture Studies
Untertitel
The Journal
Band
3/2017
Herausgeber
Karl Franzens University Graz
Ort
Graz
Datum
2017
Sprache
deutsch, englisch
Lizenz
CC BY 4.0
Abmessungen
21.0 x 29.7 cm
Seiten
198
Kategorien
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